04 septembre 2009
Laisse-moi rêver...
Laisse-moi rêver d’une île
Que le monde pour une fois soit
A ma dimension à moi
Que tout ce gigantisme hostile
Disparaisse se fonde se noie
Laisse-moi rêver d’une île
Où le vent sculpte les visages
Et grave de profondes rides
Autour des yeux bleu-horizon
Au creux des mains et sur les fronts
Laisse-moi rêver d’une île
Aux bateaux comme des flambeaux
Aux oiseaux comme des roseaux
Où le phare solidarité
N’est pas un décor un vain mot
Laisse-moi rêver d’une île
Où le vent sème les maisons
Comme il éparpille les graines
Comme il égraine les moutons
Dans les genêts dans les ajoncs
Laisse-moi rêver d’une île
Ce n’est pas vraiment difficile
Tu deviens de plus en plus sage
Chaque jour témoin de l’idylle
Entre la mer et le rivage
J’ai ce qu’il te faut dit le vent
Au milieu de la mer d’Iroise
Là où de forts courants se croisent
J’ai ce qu’il te faut dit le vent
Les marins l’ont nommée Ouessant
03 septembre 2009
Savais-tu...
Savais-tu en naissant qu’il y avait des îles
Qui étaient comme autant de bateaux immobiles
Aux multiples étraves aux fanaux surpuissants
Qu’un dieu fou un matin dans un rire dément
Avait figés ancrés amarrés à jamais
- A jamais c’est pas sûr, répondit la vieille dame
Suffirait d’une grosse lame, en route pour l’aventure !
Savais-tu en naissant qu’il y avait des îles
Qui étaient comme autant de bateaux inutiles
Des cargos affrétés par le temps et la vie
Trop chargés de rochers ils ne sont pas partis
Et les voilà ancrés amarrés à jamais
- A jamais c’est pas sûr, répondit la vieille dame
Suffirait d’une grosse lame, en route pour l’aventure !
Savais-tu en naissant qu’il y avait des îles
Qui étaient comme autant de petits points perdus
Moucherons oubliés sur la toile de Neptune
Si le souffle d’Eole venait casser ces fils
Elles couleraient à pic englouties à jamais
- A jamais c’est pas sûr, répondit la vieille dame
S’il est des continents qu’on a jamais revu
Des îles sont revenues…
Il suffit d’une grosse lame, en route pour l’aventure !
Savais-tu en naissant qu’il y avait des îles
Qui n’avaient comme voile qu’un linge sur un fil
Comme mât un grand phare et comme cargaison
N’en déplaise à Panurge, des troupeaux de moutons
La dérive bloquée, ensablées à jamais
- A jamais c’est pas sûr, répondit la vieille dame
Si nous toutes on étend nos robes et nos draps
Il suffit que le vent vienne à claquer des doigts
Il suffit d’une grosse lame, en route pour l’aventure !
Savais-tu en naissant qu’il y avait des îles
Qui étaient comme autant de bateaux inutiles
Habitées par des femmes toutes habillées de noir
Espérant un retour dans la lumière du phare
Ne sachant naviguer coincées là à jamais
- A jamais c’est pas sûr répondit la vieille dame
Car vouloir naviguer n’est rien qu’un état d’âme
Suffirait d’une grosse lame, en route pour l’aventure
02 septembre 2009
Commentaires
Un peintre.
« On a tellement de choses en nous qu’on étouffe et moi j’essaye de me libérer comme ça ; C’est une libération si l’on veut. »
Une femme artisan.
« L’avenir ? Je n’y pense pas encore. On verra après. Je ferai du tissage pendant quelques années puis après on verra bien. Je ne sais pas encore… »
Une femme âgée.
« Ah ! Oui… Ca, le tissage je sais que y en a… Oui, que y en a… Je sais pas mais le tissage j’ai jamais vu comment qu’y faisaient.
J’ai pas été les voir ni rien. Non je sais pas…
C’est dommage ?
Y en a même un potier, oui je crois, qui fait la poterie.
Je sais pas comment qu’il travaille par exemple. Faudrait que vous alliez le voir…
- Vous aussi vous devriez aller le rencontrer…
Oh ! Non… Oh ! Non… Pensez-vous ! moi j’ai pas besoin de ça, hein ! Moi, je fais mon tissage moi-même… Je fais… On file la laine et puis on tricote, et oui, moi, je tricote beaucoup. »
Des jeunes.
« Je veux m’installer ici, rester ici… rester vivre ici. Pas question d’aller habiter en ville, dans une autre ville ou ailleurs !
Moi, j’ai envie de faire menuisier, car j’ai envie de rester à Ouessant. Oui, j’ai pas envie d’aller autre part, moi !
Y a pas de travail, y a rien. Faut faire quelque chose pour partir de ce pays. Y a pas d’boulot !
Moi j’veux quitter l’île et puis j’vais faire footballeur professionnel !
Moi, j’veux faire paysan et je quitterai pas l’île.
Vétérinaire, pour soigner les animaux…
Moi, je voudrai bien soigner les oiseaux, et les élever aussi.
Moi, je veux rester ici et je veux faire maîtresse d’école.
Moi, j’veux faire marin d’état.
J’voudrai être potier. »
Une femme âgée.
« Je m’occupe pas des choses des autres familles. Non, je les connais mais je m’occupe pas…
Quand on est heureux, on n’a pas a demander plus.
J’suis bien contente de vivre comme ça, mais quand on voudra, moi, je suis parée pour aller. Ca ne dirait rien du tout… Je sais que j’ai passé ma vie sur la terre, c’est le tour des autres.
Là… Voilà la malheureuse mort à Brest. On a pas pu mettre ses effets à elle pour aller en terre… »
01 septembre 2009
Intérieur d'une vieille femme de pêcheur
« Dans le temps, quand j’étais partie à l’école, j’savais pas un mot de français…
Moi, j’ai souvenir de l’enfance. On allait à la pêche. Y avait toujours un vieux avec sa gaule… et puis y avait tout un rite, puis, heu… j’crois qu’les gens de l’époque n’étaient pas pressés.
Ils avaient le temps de tout faire, parce qu’ils faisaient beaucoup de choses et même ils pouvaient ne rien faire.
Toute façon, y a un temps, la vie c’est ça, c’est indispensable. On a un temps ici, un temps là. Un temps de souffrance, un temps de joie et c’est ça continuellement.
C’est pas à chanter et à danser qu’on a passé la vie. On trouvait grâce d’aller au lit le soir.
Ah ! Oui… On met les photos un peu partout pour voir la famille, quoi… tout ça… Oui, celle-là c’est ma sœur qui est là. Celle-là c’est une cousine à moi et à ma sœur, là-bas aussi.
Tout ça c’est la famille, quoi…
Oui… Oui… Oui… Oh ! Oui, on a le temps maintenant que j’ai quatre-vingts ans, je crois que je suis née d’hier. Alors, vous voyez comment que c’est !
- Et votre mari ?…
Il a péri en mer… Corps et biens. Ca fait vingt-trois ans. Pour moi c'est pénible, bien sûr, d'être seule.
- Lors d’un sauvetage ?
Non, avec son bateau, à Pern. Ce coin est très dangereux. Il y en a d’autres qui ont péri là encore… »
31 août 2009
L'attente
Les poèmes qui vont suivre, au rythme approximatif de un par jour, concernent l'île d'Oussant.
Ce sont plus exactement des poèmes-reportages d'un montage diapositives que je ne peux vous présenter pour l'instant, réalisé par mon ami Dominique.
Ils seront regroupés sous le titre de "UN JOUR, UNE ÎLE..."
... et publié aussi sur mon site
http://www.chansonzetlivres.com
dans la rubrique "Un poème par jour"
Voici le premier :
L’attente
Le temps n'est pas le même pour vous ailleurs qu'ici
Le temps ici dépend de l’absence de l’ami
Qu’il soit mari amant frère bon ou méchant
Le temps n’est pas le même s’il est là où absent
Là, le moment venu s’agitent les mouchoirs
Simple envol de mouettes à la jetée du port
Passant du ciel aux yeux passant du cœur au corps
Le temps que le bateau se fonde à l’horizon
Le vide de l’attente pèse dans la maison
De sa fumée épaisse alourdie de pensées
Alors les femmes vont chercher le goémon
Le sécher le tasser le vendre recommencer
Alors les femmes vont tout au long des saisons
De l’église à la terre de la terre au rivage
Là où le bois qui flotte fait la bonne moisson
Trésor pour le foyer offert par les naufrages
Alors les femmes vont des rivages à l’âtre
Du lit clos aux enfants
La marmite aux patates mijote tendrement
Du poisson dessalé dessus son feu de mottes




